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Le fort en 1914

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En 1914, le fort dépendait de la IVème Armée que commandait le général de Langle de Cary, en vertu des prescriptions d’une dépêche ministérielle de 1909.

Cette IVème Armée aurait dû servir de réserve en stationnement autour de Bar-le-Duc si le plan 17 avait été appliqué et non une variante, décidée par le général Joffre persuadé que les Allemands n'hésiteraient pas à violer la neutralité belge. La variante consistait à intercaler la IVème Armée et à la IIIème et la Vème armée, en faisant riper cette dernière vers la gauche. Ce qui fut fait.

La IVème Armée n’aurait dû comprendre que trois corps d'armée, regroupant sept divisions d'infanterie et une division de cavalerie. Mais très vite, elle fut renforcée, grâce à Joffre, par deux autres corps d'armée (9ème et 2Ième). Ainsi, au début des hostilités, la IVème Armée était composée de cinq corps d'armée : le 17ème, le 12ème, le 2ème, le 9ème CA, un CA colonial et la 10ème Division de cavalerie. Chacun de ces corps d'armée comprenait deux divisions d'infanterie sauf le corps d'armée colonial qui en comptait trois.

Dès la mise en place de leurs troupes sur leurs positions de départ, Français et Allemands appliquèrent leurs plans respectifs. Ce fut le début de la « Bataille des Frontières ».

La « Bataille des Frontières » est le nom donné aux premiers combats qui, au début de la première guerre mondiale, du 5 au 26 août, opposèrent les forces françaises face à l'offensive allemande en Lorraine, en Belgique, au Luxembourg et dans les Ardennes.

Seules les opérations de Belgique sont à considérer pour comprendre la situation dont allait hériter le fort des Ayvelles.

Joffre mal renseigné

Du 5 au 16 août, les allemands attaquent par surprise la Belgique et notamment Liège, dont la possession commande l'exécution de la manœuvre allemande. Les opérations frontalières sur le front belge sont la conséquence directe du plan de campagne français. Elles se déroulent sensiblement selon les prévisions de l'état-major de Moltke.

Le commandement français s'y adapte difficilement tant ses renseignements sur l'adversaire sont loin de la réalité.

En effet, jusqu'au 20 août 1914, Joffre demeure fidèle au plan théorique qu'il avait élaboré soigneusement. Il reste persuadé que son aile gauche, forte de dix corps d'armée (trois belges, deux anglais, cinq français) est largement supérieure à la droite allemande, qu'il estime à six corps d'armée, sans tenir compte évidemment des fameux corps de réserve, que Joffre ne s'attend pas à voir apparaître en première ligne.

La réalité est tout autre : face à cinquante-trois divisions allemandes, les troupes françaises ne comptent que cinquante deux divisions hétérogènes dont dix (anglaises et belges) échappent partiellement à son autorité. D’autre part, le Grand Quartier Général français n'apprend que la chute de Liège le 19 août, surestimant de surcroît les destructions opérées par les Belges, alors que les ponts sur la Meuse sont intacts et que tout contact est perdu avec les troupes belges repliées sur Anvers.

Ainsi, pour menacer les communications de l'aile marchante allemande, Joffre lance à travers les Ardennes les neuf corps de ses armées du centre (IIIème et IVème Armée) en direction de Neufchâteau et d’Arlon. Déployés de Sedan à Spincourt, ils s'enfoncent le 21 août, sans se douter qu'ils vont affronter les 4e et 5e armées allemandes, dont la marche vient justement d'être orientée par Moltke vers le Sud-Ouest.

Le repli

Le terrain où les deux forces vont se heurter est particulièrement difficile : les routes sont rares, le cloisonnement de la forêt, à peine interrompu par les hautes vallées de la Chiers et de la Semoy, fractionne constamment le combat et interdit l'emploi de l'artillerie comme toute idée de manœuvre.

Aussi l'action d'ensemble, dont Joffre espérait de grands résultats, dégénère‑t‑elle aussitôt en une série de violents combats de rencontre, décousus et sans liens les uns avec les autres, où le plus souvent les Allemands, sachant se couvrir, surprennent les Français insouciants. Fractionnées, isolées, les diverses unités de la IVème Armée affrontent, dans les pires conditions, la masse de la 4e armée allemande du prince du Wurtemberg surgie du Luxembourg. Il en résulte une série d'échecs à Rossignol, Bertrix, Messain, Palisseul qui entraînent une retraite précipitée sur les bases de départ de la Marne. Les pertes françaises sont lourdes.

C'est le recul du corps colonial et du l7ème corps, très éprouvés, qui entraîne celui des deux armées françaises qui se sont lancées en Belgique sur la Chiers puis sur la Meuse. Les succès ennemis sont relativement limités par la prudence de l'exploitation allemande, ce qui permet aux troupes françaises de se replier en bon ordre. Il faut néanmoins toute la solidité de Joffre pour admettre qu'il faut céder du terrain pour organiser une manœuvre plus en arrière, manœuvre qui permettra le rétablissement de la Marne.

Le fort en premier ligne

La conséquence directe de la défaite et du repli des troupes françaises est de placer le fort en première ligne du front.  

Le gouverneur du fort était le chef de bataillon Lévi-Alvarès, commandant la chefferie du Génie à Mézières depuis plusieurs années. Il avait été nommé chef du Génie à Mézières le 14 octobre 1910 et chef de bataillon le 27 mars 1911.

Depuis la mobilisation, le commandant avait ordonné et surveillé les travaux de mise en état de défense de la position, avec, à sa disposition, deux compagnies du 45e RIT et 300 artilleurs territoriaux.

Les fantassins étaient sous ses ordres directs. Pendant les trois semaines qui précédèrent l'invasion allemande, ils s'entraînèrent. La plupart étaient des ardennais : beaucoup habitaient les villages voisins.

Après quelques incidents annonciateurs, le gouverneur donne l'ordre, le 17 août, de blinder les ouvertures. Le 21 août, il harangue ses troupes, en exaltant leur patriotisme.

Une atmosphère fiévreuse commence à se répandre parmi la garnison. Le passage des réfugiés et des troupes françaises en retraite provoquent un désarroi parmi les femmes de territoriaux. Pour se rassurer, beaucoup d'entre elles montent jusqu'au fort dans l’espoir de pouvoir parler avec leurs maris. Mais elles ne peuvent réaliser leur dessein et rebroussent chemin. Pendant ce temps, la IVème Armée française, dont dépend le commandant du fort, poursuit sa retraite durant la journée du 14 août.

L'ordre général numéro 22 émis pour la journée du 25 août par le général de Langle de Cary déclare que « la IVème Armée reporte ses forces sur la rive gauche de la Meuse en aval de Mézières et sur la rive droite de la Meuse entre Mouzon et Stenay ».

Le fort isolé

Le fort est placé sous la couverture du 9e CA qui a repassé sur la rive gauche de la Meuse le 24 au soir. Sa mission est d'interdire le passage de Mézières exclus à Nouvion exclus. Mais le 9e corps doit porter ses troupes vers le nord, dans la région de Rimogne durant la journée du 25 août.

Le gouverneur du fort des Ayvelles croyait que la 60e division de réserve, qui dépendait du 1le corps et dont la mission était d'assurer la garde de la Meuse entre Donchery et Flize, aurait pu étendre son front jusqu'à Mézières. Mais le commandant de cette division se trouvait dans l’impossibilité de le faire.

La conséquence principale de ces replis français fut l'isolement du fort des Ayvelles qui devait tenir, à lui seul, un front de près de onze kilomètres puisque les troupes françaises avaient évacué la région entre Rimogne et Flize.

Dans l'esprit du commandant Lévi-Alvarès, le fort ne pouvait remplir la mission qui lui avait été confiée en 1909. Dans ces conditions, le gouverneur décida de réunir le Conseil de défense du fort durant la journée du 25 août. Étaient présents le capitaine d'artillerie Deutsch, le capitaine Brasseur commandant la 26e compagnie, le médecin aide major Wiart, le capitaine Brasseur représentant aussi le service de l'Intendance. A l'unanimité, le Conseil de défense du fort décida d'envoyer une dépêche au commandant de la 4e armée dont voici les termes : « Toute troupe ayant évacué région entre Rimogne, Flize, fort des Ayvelles complètement isolé, ne peut à lui seul garder la ligne de la Meuse, son armement et son organisation ne lui permettent pas. La dépêche ministérielle n' 3731 1‑13 du 6 avril 1909 définit ainsi qu'il suit au sujet du fort des Ayvelles et du rôle qu'il est appelé à jouer. Les Ayvelles doivent être considérés comme point d'appui de troupes en campagne défendant la rive gauche de la Meuse au sud de Mézières. En cas d'insuccès, ils doivent être évacués comme le champ de bataille. C'est au commandant de l'armée dont la zone d'opérations comprend les ouvrages des Ayvelles qu'il appartiendra de décider au moment du besoin et suivant les événements le parti à en tirer. Le gouverneur désigné des Ayvelles ne saurait donc encourir la responsabilité d'un gouverneur de place forte au sujet de la défense ou de l'évacuation des ouvrages et il devra réclamer en temps opportun sur la conduite à tenir les instructions du général commandant l'armée, seul responsable, sous les ordres duquel il se trouve momentanément placé. Demande instruction au commandant d'armée en vue d'évacuation immédiate éventuelle ».

L’évacuation

Le commandant Levi-Alvarès, comme le prescrivait le règlement, demanda donc des instructions. Mais, au lieu d'attendre un ordre éventuel d'instruction, il décida d'évacuer le fort.  

Avant de partir, les pièces sont mises hors d'usage, de même que le ravitaillement est arrosé de pétrole.

La garnison du fort se met en route vers 23 heures le 25 août 1914 en direction de Poix-Terron. Arrivée à Boulzicourt, elle passe sous le commandement de l'officier Hoëlle, tandis que le gouverneur part pour le Quartier Général de l'Armée à Chémery. Il y reçoit l'ordre de retourner au fort avec la garnison. Celle-ci, qui bivouaquait à Poix-Terron, reçoit l'ordre de se remettre en marche vers le fort. C’est à Boulzicourt que le gouverneur, en automobile, la retrouve la colonne, formée de deux parties, et en reprend le commandement.

Pendant ce temps, les Allemands n'étaient pas restés inactifs et préparaient le bombardement du fort des Ayvelles. Pour ce faire,  ils avaient constitué le 25 août un détachement spécial, placé sous les ordres du général major Von Woyna, commandant la 13e brigade d'artillerie du 8e corps actif. Dès la fin de l'après-midi du 26, l'artillerie allemande était prête à tirer.

Il est certain que l'artillerie allemande a ouvert le feu avant la fin de la journée du 26 août 1914, ceci étant confirmé par le rapport de l'adjudant Hoëlle : « Au moment où la tête de la colonne pénétrait dans le fort, l'ennemi commença le bombardement, les premiers obus tombèrent près de l'entrée ».

Ce bombardement entraîna un repli de la colonne sur La Francheville. En l'absence du gouverneur, le capitaine Deutsch, commandant de la batterie territoriale, en prit le commandement. La garnison marcha sur Boulzicourt, puis sur Yvernaumont et finit par arriver, le 27 août 1914, au cantonnement du général Dubois, commandant du 9e corps d'armée.

Le suicide du commandant

A Launois, les hommes de la garnison du fort des Ayvelles furent cantonnés dans une partie séparée du village puis dirigés par la suite sur Vouziers où ils embarquèrent le 28 août, à 20 heures, à destination de Montereau pour être mis à la disposition du directeur des Étapes et Services de l'armée.

Mais qu'était-il advenu du commandant Levi-Alvarès ?

Le rapport de l'officier Hoëlle répond à la question : « J'ai appris depuis, par un sous-officier que l'auxiliaire de forteresse Bernard, resté au fort après le départ de la garnison, aurait vu le 27 août 1914 le gouverneur mort sur sont lit. Le commandant Lévy-Alvarès se serait suicidé en se tirant un coup de revolver dans la tête ».

Le gouverneur du fort des Ayvelles s'était suicidé.  

Les soldats allemands inhumèrent le commandant Levy-Alvarès à quelques centaines de mètres du fort. Un extrait de la " Gazette de Francfort " en date du 7 octobre 1914 confirme l’évènement : "Le commandant tomba, des soldats allemands creusèrent sa fosse. La tombe se trouve dans l'ombre de la forêt ; on y lit ces mots : ci-gît le valeureux commandant, il aima mieux mourir que survivre à la forteresse qui lui était confiée, par cette croix de bois modeste, le soldat allemand honore en toi le héros, le devoir. 2e compagnie Pionniers Territoriaux, septembre 1914 ».

Un haut lieu du souvenir

Le fort, désormais vidé de sa garnison, ne pouvait en aucun cas empêcher les Allemands de poursuivre leur progression. Le bombardement du fort reprit de plus belle dès le 27 août 1914 au matin, car les envahisseurs ne pouvaient bien entendu pas se douter de l'évacuation du fort. Par prudence, ils n'entrèrent dans les ruines que le 29 août.

Dans quel état se trouvait le fort après le bombardement allemand ? Pour juger de l'effet de l'artillerie allemande, il faut rappeler que le fort des Ayvelles était un ouvrage en maçonnerie et qu'il n'avait pas été modernisé par l'apport de béton. Le fort avait donc beaucoup souffert du bombardement allemand. Par la suite, les troupes allemandes emportèrent les pièces d'artillerie afin de récupérer les métaux si précieux. 

Les occupants transformèrent le fort en un lieu d'exécution. Ceci est attesté par l'existence à l'état civil de la commune des Ayvelles, de trois actes de décès de civils français, " Morts pour la France " au fort des Ayvelles, décès survenus entre octobre 1915 et janvier 1916.  

Le fort n'avait donc joué aucun rôle durant la première guerre mondiale. Évacué par les Français le 25 août 1914, il n’a été libéré qu'en novembre 1918. En temps, les Allemands l’avaient utilisé vraisemblablement comme dépôt de munitions ou, dit-on aussi, comme prison.

 

 

 

 

 

 

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