Les sites du groupe A.P.I.

Le fort

En 1878, on substitua le fort des Ayvelles à la citadelle de Mézières qui avait démontré la fragilité et l'inefficacité de ses fortifications face à l'artillerie rayée allemandes durant la guerre de 1870.

Concepteur du projet, le Général Séré de Rivières, dans un premier temps, songea à réorganiser la ville en place à forts détachés. L'importance accordée primitivement à Mézières s'explique par sa situation géostratégique. La forteresse assurait la liaison entre les frontières défensives du Nord et de l'Est, contrôlait un important réseau de voies ferrées en liaison avec Paris, et se trouvait au milieu des trouées de Chimay et de la Chiers, voies de pénétration supposée sur le territoire français en cas de violation de la neutralité belge par les armées allemandes.

Les travaux de modernisation prévus pour la place de Mézières ne virent jamais le jour, pour des raisons économiques.

 

Construit pour surveiller les voies ferrées

 

Cependant, on établit, sur un promontoire d’une superficie de 37 hectares situé à 3,5 kilomètres au Sud de la place, et à environ 3 kilomètres du cours de la Meuse, un ensemble composé d'un fort principal et d'une batterie annexe reliés tous deux par un chemin long de 600 m, protégé par des levées de terre, appelé « double caponnière ». Les travaux s’étalèrent sur trois années. Leur coût fut estimé à 2 898 000 francs.

Le fort des Ayvelles avait pour fonction principale d'interdire à l'ennemi les quatre voies ferrées de Reims, Montmédy, Hirson et Givet, se rejoignant aux gares de Mohon et de Charleville. Situé au centre du tracé des deux premières lignes, il les commandait directement. En revanche, la jonction, à la gare de Charleville, des deux autres lignes, lui était masquée par le plateau de Berthaucourt.

S’agissant de la batterie annexe, elle devait permettre d'avoir des vues étendues sur la vallée de la Meuse.

Pour compléter efficacement l'action du fort, on émit l’idée, en 1879, d'utiliser la citadelle de Mézières et de remettre en état les batteries qui avaient été construites en 1815 au saillant Nord du plateau de Berthaucourt. Ce projet de réaménagement n'eut jamais lieu en raison du déclassement de la place de Mézières, arrêté dans son principe dès 1879, et devenu effectif le 22 décembre 1884.

De 1878 à 1885, on voulut aussi renforcer la position des Ayvelles par la construction d'une seconde batterie annexe sur l’emplacement du village de Saint Marceau. Après des hésitations, on décida de ne pas occuper cette position.

 

Abandonné sans combat

 

Le fort des Ayvelles fut construit entre 1877 et 1879, sous la direction du capitaine du Génie Boulenger. Afin qu'il puisse remplir efficacement son rôle de fort d'arrêt, on y établit une casemate « Mougin » entre 1879 et 1882, puis entre 1888 et 1890, un magasin-caverne susceptible de résister efficacement aux obus-torpilles brisants.

A la suite des progrès de l’artillerie et de la découverte de nouveaux explosifs, l’ouvrage ne fut plus en mesure d'assumer son rôle de fort d'arrêt. En 1899, il fut classé en seconde catégorie, impliquant un entretien minimum, le maintien d’un armement et l’occupation par une garnison restreinte. Dans l’hypothèse d’une invasion, le fort des Ayvelles devait servir de point d'appui aux troupes de campagne censées défendre la rive gauche de la Meuse, au sud de Mézières et en cas de déroute de ces troupes, son évacuation devait être demandée au commandant de l'armée de la zone d'opération dont il dépendait.

Le fort fut abandonné sans combat le 25 août 1914, et occupé par les Allemands jusqu'en 1918. Il ne joua aucun rôle militaire durant la seconde guerre mondiale, mais fut bombardé le 14 mai 1940.

L'ouvrage des Ayvelles est un fort d'arrêt à massif central, de plan carré, avec 4 faces de 250 mètres de long. Il est entouré par un fossé de 10 mètres de large et d'une hauteur de 8 mètres, comportant une cunette au centre. Le fossé est bordé par une contrescarpe de 7 mètres mètres de haut, réalisée suivant trois modes de construction différents : mur de maçonnerie plein, maçonnerie sur arcs évidés, simple talutage. L'escarpe est composée d'un mur détaché de 4 mètres de haut, épais de 0,80 mètres, dissimulant un chemin de ronde.

 

Une garnison de 880 hommes

 

Le flanquement des fossés était assuré, depuis deux caponnières doubles situées aux angles Nord et Sud, et par des tirs de mousqueterie à partir d’une tourelle à meurtrières, à l'aspect médiéval, située à l'angle ouest. Ce type d'ouvrage défensif, à caractère plus esthétique qu'efficace, est extrêmement rare dans la fortification Séré de Rivières.

Le fort ne comportant pas de gorge, l'entrée est située sur la face la moins exposée. Elle est ici implantée sur la face Sud-Est, à proximité de la caponnière double. Elle était protégée par un petit corps de garde de contrescarpe et un corps de garde d'escarpe, flanqué de deux coffres de tirs de part et d'autre de la porte d'accès. La façade de la casemate de droite a disparu.   

Le casernement et les magasins de subsistances ou de manutentions sont situés sous le massif central. Il s'agit de casemates organisées sur deux niveaux autour d'une cour de 8 mètres de large et de 50 mètres de long, implantée suivant la direction Nord-Sud. Cette orientation permettait aux façades d'être ensoleillées de manière équitable. Le casernement pouvait accueillir une garnison de 880 hommes. Il est en grande partie détruit dans toute sa partie Sud. On y remarque une boulangerie avec deux fours à pain de 200 rations chacun, deux puits et deux citernes destinés à l'approvisionnement de la garnison pendant une durée de trois mois. Divers magasins ferment les petits côtés de la cour.

Derrière les grandes façades du casernement, à l'opposé l'un de l'autre, sont accolés deux magasins à poudre d'une contenance totale de 160 tonnes. Ils sont protégés par le massif du parados sous lequel ils sont implantés.

Le magasin-caverne, qui se trouve à proximité de l'entrée du fort, comporte le magasin à poudre proprement-dit et divers locaux techniques. L’une des trois ouvertures, un puits équipé d’un monte-charges, était protégée par un abri bétonné du même type que ceux que l'on peut trouver à Langres. Les deux autres accès sont un deuxième puits avec monte-charges pour les matériels et munitions et une entrée par un escalier débouchant au pied de la contrescarpe pour les hommes, devant la caponnière Sud. Tous les passages sont actuellement obstrués.

 

21 canons et des mortiers

 

Le fort des Ayvelles adopte un mode d'organisation générale classique, adapté à sa fonction de fort d'arrêt, isolé, dépourvu d'ouvrages de soutien. Dans ces conditions, il doit être défilé de tous les côtés des vues et des tirs de l'ennemi, ce qui implique un casernement sans façade découverte et une organisation identique pour les différentes crêtes d'artillerie.

Les magasins à poudre sont reliés aux crêtes d'artillerie par l'intermédiaire de galeries-casematées. Sur le trajet a été implanté une série de locaux de chargement des munitions.

Les crêtes d'artillerie ont un développement de 540 mètres, disposées suivant un plan octogonal sur 360°. Elles permettaient à l’ouvrage d'avoir une action sur l'ensemble des terrains environnants. Chaque plate-forme de tir, comprise entre deux traverses-abris, était équipée de banquettes d'infanterie, situées de part et d'autre de la pièce d'artillerie. Toutes les places de tir sont reliées entre elles par la rue du rempart, mais aussi par une galerie-enveloppe reliant l'ensemble des traverses-abris. Cette dernière disposition est peu fréquente. On la retrouve aussi dans la batterie annexe.

Des places d'armes pour l'infanterie, aménagées sous la crête du parapet d'artillerie aux angles du Fort, permettaient de battre les abords par des tirs de mousqueterie. Deux d'entre elles communiquent directement avec les caponnières établies aux angles Sud et Nord.

En 1883, l'armement du fort était composé, pour les tirs extérieurs, de 20 pièces sur parapet, de 8 mortiers et d'une pièce sous casemate cuirassée. Cette dernière était un canon de 155 de Bange long, placé à l'intérieur d'une casemate Mougin, modèle 1874. Elle porte le nom de son inventeur, Louis Mougin, chef du service des cuirassements. Il s'agit d'une casemate basse dont la voûte a reçu un cuirassement de plaques de fonte dure, recouvertes de béton. Elle protégeait une pièce d'artillerie de longue portée, placée sur un affût mobile, mue par un ensemble de treuils, poulies et engrenages permettant son débattement latéral.

Pour sa défense rapprochée, le fort était doté de 12 pièces de flanquement, réparties dans les caponnières doubles, dont chaque flanc était percé de chambres de tir, camouflées par des orillons creux très saillants, permettant de battre fossés et chemins de ronde. La caponnière Sud est presque entièrement détruite, celle implantée au Nord est en bon état. Cette dernière présente extérieurement de très belles qualités architecturales. Les orillons sont percés de créneaux‑mâchicoulis permettant les tirs de fusillade. Ses aménagements sont de très belle facture et assez rares.

 

Des échauguettes uniques

 

Mais il faut surtout signaler ici la présence de deux échauguettes (4 à l'origine en encorbellement, avec culot et petite coupole) placées à l'extrémité des orillons. Il s'agit d'échauguettes assemblées à joints vifs. Cette technique se rencontre fréquemment dans les échauguettes de la Renaissance, permettant leur démontage rapide. Leur aspect et cette technique de construction ont longtemps laissé penser qu’il s’agissait d'échauguettes du XVIe siècle pouvant avoir été récupérées lors du démantèlement des fortifications de la place de Mézières. On en est moins sûr aujourd’hui. La forme des culots des échauguettes du fort est différentes de celles qui ornaient les remparts de Mézières et leur état de conservation est telle qu’il est peu probable qu’elles aient été transférées sans dommage et greffées sur les orillons de manière aussi parfaite.

Bref, la présence de ces échauguettes reste d’autant plus une énigme que leur construction est intervenue à une période d'importantes restrictions budgétaires où les originalités décoratives étaient bannies en raison de leur coût prohibitif.

Or, si les percements de l'échauguette permettaient l'observation et le tir, ces éléments, extrêmement fragiles, semblent avoir été installés dans un but purement décoratif…

 

 

 

 

 

 

Carte itinéraire

Tracez votre itinéraire jusqu'à nous...

Adresse

Localité

Code Postal

Pays

Leurs logos

  • Nos partenaires
  • Nos partenaires
  • Nos partenaires
  • Nos partenaires