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La téléphonie et la télégraphie

Entre leur entrée en service dans les années 1880 et la guerre de 14-18, le fort et la batterie ont connu quatre modes de communication : la télégraphie optique, la télégraphie électrique, le téléphone et le pigeon.

Il est vraisemblable que ces différentes techniques aient été en usage en même temps, l’Armée ayant eu beaucoup de mal à se séparer de la télégraphie optique qui, selon elle, présentait de meilleures garanties de confidentialité des informations en cas de conflit.

Il reste bien peu de choses au fort et à la batterie rappelant l’existence de systèmes de communication. Pourtant, le fort n’était pas isolé et faisait partie intégrante d’un réseau dense qui lui permettait de communiquer avec l’extérieur.

 

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Carte non datée du réseau télégraphique du Nord-Est sur laquelle figure les Ayvelles et son bureau militaire.

(Ligne télégraphique en trait continu et ligne téléphonique en pointillé)

 

 

Deux bureaux télégraphiques

 

Il y avait deux bureaux télégraphiques aux Ayvelles, l’un au fort et l’autre à la batterie.

Au fort, c’était le bureau contigu à la chambre du commandant (casemate 87) qui était affecté aux transmissions. Des fils téléphoniques ou télégraphiques y aboutissent ou en partent. L’un de ces fils, curieusement, passe par la cheminée (peut-être pour un observateur placé sur le parados ( ?).

Les appareils devaient être installés contre le mur faisant face à l’entrée. On remarque en effet au sol une gaine en fonte traversant le plancher par laquelle passaient les fils de terre. A l’époque, les postes téléphoniques étaient reliés entre eux par un seul fil, le retour se faisant par la terre.

A la batterie, le bureau télégraphique se trouvait à l’intérieur du poste de garde d’escarpe, dans la casemate 2. De cette pièce, partait un fil en direction de la galerie centrale. L’existence de ce fil est attestée par la présence de tasseaux et de crochets qui le retenaient à la maçonnerie du côté droit en montant la rue de la Gorge.

 

Un réseau de fils gainés de plomb

 

Nous avons dressé les plans des réseaux de fils que nous avons découverts tant au fort qu’à la batterie. Il ne s’agit pas de tracés supposés mais avérés.

 

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Les étoiles rouges représentent les cheminées par lesquelles passent des fils téléphoniques.

Il est possible que la ligne fût occupée par un observateur installé sur le parados

 

Ces réseaux peuvent être encore complétés ou affinés. Nous n’avons pas exploré, entre autres, les caponnières. Notre méthode de travail a été simple : nous avons suivi les lignes de tasseaux qui courent le long des gaines. Selon qu’ils comportent 1, 2 ou 3 crochets, nous avons imaginé qu’ils retenaient 1, 2 ou 3 fils.

Que nous apprennent les réseaux de fils qui encerclent le fort en passant par la galerie-enveloppe et qui se ramifient vers l’intérieur ?

En premier lieu, ils nous indiquent que le commandant pouvait communiquer avec différents points du fort et de la batterie directement à partir de son bureau.

En second lieu, ils nous permettent d’affirmer que devait se trouver dans la casemate Mougin du fort, un bureau de transmission étoffé puisque pas moins de 5 fils en partent ou en sortent.

 

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De gauche à droite : un piton, un fil (toron de 7 fils noyé dans du gutta percha, entouré d’un fil de lin, recouvert d’un tissu et enfin gainé de plomb), et un  tasseau à deux pitons.

 

 

Ce qui est remarquable, c’est la convergence vers la casemate Mougin, de deux fils provenant du parados, via deux puits de lumière situés du côté Ouest précisément dans le secteur battu par le canon de la casemate cuirassée.

Cela laisse à penser que des observateurs, placés sur les dessus, étaient en relation directe avec le chef de casemate ou le commandant de l’Artillerie.

 

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Exemple de tasseau, à deux pitons, scellé dans la maçonnerie.

 

 

Les archives nous instruisent

 

Les murs, hélas, ne parlent pas. En revanche, les écrits continuent à nous instruire.

Ainsi, peut-on lire ceci dans le plan de mobilisation du fort des Ayvelles, établi à la date du 18 juin 1903 (cote 14R28 des Archives départementales) : 

« Communications télégraphiques : un fil souterrain relie le fort à la batterie annexe. Un appareil Morse est installé dans chacun de ses ouvrages. Les communications téléphoniques sont assurées par 7 postes téléphoniques Roulez et 2 téléphones Aubry. Les voies téléphoniques devant relier les observatoires du fort et de la batterie annexe au bureau du Commandant de l’Artillerie ont été posées jusqu’au mur d’escarpe de ces ouvrages ; elles seront complétées au moment du besoin par des câbles volants emmagasinés au fort ».

…/…

 « Communications télégraphiques : le fort des Ayvelles est relié par un fil aérien avec le bureau civil et par un câble souterrain avec les directions de Reims et Givet.

Ces lignes ne fonctionnent pas en temps de paix.

Le service télégraphique aura au moment de la mobilisation à mettre le fort en relations avec Reims et Givet par voie souterraine ».

…/…

« Communications à l’intérieur des ouvrages : le fort est relié souterrainement à la batterie annexe. Cette communication ne fonctionne pas en temps de paix.

La communication souterraine entre le fort et la batterie s’obtiendra par la transformation des deux postes en postes téléphoniques. Les appareils existent ».

…/…

« Communications optiques à établir à la mobilisation : il existe deux appareils de 14 permettant d’établir une communication entre le fort et les positions environnantes (par exemple Saint-Marceau), ce qui pourra être très utile pour surveiller l’approche de l’ennemi.

…/…

A la mobilisation, le service sera assuré par 2 sapeurs télégraphistes réservistes.

Le matériel de poste affecté à la communication aérienne est conservé au fort (géré par l’Artillerie) ».    

 

 

Cette étude se poursuit à l’heure actuelle. A suivre…